
Le public est encore clairsemé et la journée ultra-ensoleillée. Très vite le parvis se remplit car Nouvel R sait se faire sentir intéressant. Mise en scène étudiée, le spectacle commence avec un trio en blanc. Un beatboxer, un clavieriste-guitariste et un bidouilleur d’ordinateur. Il fait déjà 35 degrés mais ils continuent de chauffer doucement l’ambiance. Puis arrivent les Mc par deux (4 au total), tout de noir vêtus.

Rap français rappelant IAM, les textes sont ciselés. Les orchestrations sont simples et efficaces, les messages sont clairs. A cinq ils alternent chorégraphies et attitudes fixes. Violence des propos sur le fond, jamais dans la forme.
Dédicace à Kourtrajmé et le groupe continue de dénoncer les intolérances religieuses, la précarité des situations économiques ou les dérives de systèmes… Tout va bien pour ce collectif, une vraie découverte !
Avant d’attaquer le prochain concert, on assiste à un Sketch en duo, chanson et humour sur le thème de la sensibilisation aux risques de la perte d’audition.

Le parvis continue de se remplir. ROCé prend place, accompagné de son guitariste et du maître des samples. Son flow plus lent, très rétro, rappelant l’école des années 90. Il l’affirme haut, il est « le seul trentenaire à raper comme un adulte », ses textes sont effectivement plus mûrs, plus réfléchi. Un rap moins intuitif, moins accessible et tout autant intéressant. Dommage que son beatmaker n’aie pas pu venir, le spectacle aurait été encore plus complet.
ROCé n’est pas un pacifiste de facade comme en témoignent La rage et la Haine.
Les discussions de comptoirs ne restent pas qu’au café, avec ROCé elles peuvent aussi battre le pavé


La place de l’Hôtel de Ville est maintenant pleine pour voir Casey. Elles ne sont pas nombreuses ces femmes qui osent s’imposer dans le monde masculin du rap. Casey, couleur ébène, petite nattes bien serrées sur le crâne et survêtement noir tient la scène seule ou accompagnée de son MC, Prodige. L’accueil est très enthousiaste, en redemande, l’encourage.

Grosses rythmique, rap plus acide. Casey sait aussi montrer ses côtés plus doux lorsqu’elle dégaine un sample de musique traditionnelle africaine qui peu à peu s’orne de basse et de son texte aux rimes simples et sans concession.


La place prend peu à peu des couleurs, les rayons du soleil laissant place aux spots colorés. Beat Assailant s’installe au grand complet. Trombone, trompette, flute traversière, clavier, saxophone, batterie, guitare, samples et chant. Melting pot des origines culturelles, des univers vestimentaires aussi où les baggy côtoient le costume noir, les casquettes encadrent le panama et le sweat à capuche. Le public forme une grande marée, bras levés en rythme. La chanteuse, seule au milieu de tous ces hommes, se déhanche à qui mieux mieux, ses courbes épousent les sonorités hip hop jazz du groupe.
I think I can ! Yeah !
Le flow groovy associé à la voix veloutée et aux cuivres crée ce mélange détonnant et explosif. La foule est attentive et réactive. Le concert se fait de plus en plus electro, les samples de Justice ou Daft Punk sont sublimés par les cuivres.

Rappel, le public en veut encore, Beat Assailant doit renoncer devant l’heure avancée.

Le public, très enthousiaste, présent en nombre et les groupes invités ont démontré ce soir que le rap et le hip hop ne sont pas des parents pauvres de la musique et méritent largement leur place dans un festival populaire. Une belle soirée d’été !


Texte: Mauve Leroy, photos: Ben Callens
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