
© Ben Callens
En ce dernier jour de festival, Olivier avait revêtu une splendide veste à l’imprimé Madras bleu-blanc-rouge. Sorte de clin d’œil final pour saluer un mois de concerts faisant honneur aux groupes indépendants pour la majorité français. Histoire de souligner que lorsqu’on veut promouvoir la culture, on peut. Il suffit de s’en donner les moyens, pas tant relevant de la finance que de la passion.
Entretien avec un programmateur acharné, respirant la joie de vivre et l’amour du travail bien fait.
Cette édition du festival s’achève… alors, heureux ? Des déceptions ? Des surprises ?
Oui heureux, on a attaqué cet hiver, c’est donc l’aboutissement de plusieurs mois de travail. Ma grande satisfaction cette année c’est que le groupe qui joue à 18h a déjà beaucoup de public. Certes moins que la tête d’affiche mais c’est la première année qu’on a déjà 3000 – 4000 personnes présentes dès 18h.
Je n’ai pas vraiment de déceptions et si j’ai des reproches, je les garde pour moi et tenterai de nous améliorer l’année prochaine. Je ne pensais par exemple pas que la prestation d’Uffie serait aussi intéressante. Les avis sont très partagés mais le public lui a réservé un bel accueil. Quand je l’avais vue au Printemps de Bourges, très sincèrement son concert laissait à désirer et j’ai été très heureux de constater les progrès qu’elle a fait.
Pour FnacIndétendances, tous les artistes sont à la même enseigne, même durée de set, mêmes loges, même traitement. La Fnac et moi sommes très attachés à ce principe d’égalité.
Dans mes coups de cœur cette année, j’ai été subjugué par Féloche qui je l’espère, sera au prix Constantin cette année, j’ai adoré Vismets et on s’est vraiment bien marrés à la soirée bretonne sous la pluie !
© Ben Callens
La prog cette année est équilibrée entre découvertes et têtes d’affiches, qu’est-ce qui est le plus difficile : choisir les têtes d’affiches ou les jeunes groupes qu’on va mettre en avant ?
C’est plus difficile et excitant de mettre en avant des découvertes. Mais avec la Fnac, nous partons avec l’idée de pérennité. Je cherche donc à programmer ceux qui seront encore là dans dix ans. Sans parler de coup marketing, il s’agit de ténacité de l’artiste. Faire acte de création est très difficile aujourd’hui, et d’autant plus d’en vivre.
Mister Nô par exemple, je suis persuadé que dans dix ans il sera encore sur scène. Il a une joie de vivre et une naïveté qu’il a traduit en musique et qui vont le porter.
Je pense aussi à de belles découvertes comme Abd Al Malik et Anaïs qu’on a portés et aidés à exploser. De même pour Joseph d’Anvers qui est passé l’année dernière et a surpris tout son monde. Il y a aussi un devoir de fidélité qui veut qu’on crée des familles, Aaron a été un des groupes phares d’Indétendances et reviendra probablement l’année prochaine, tout comme Joseph d’Anvers.
© Ben Callens
C’est une lourde responsabilité que de valoriser tel ou tel groupe émergent, tu y réfléchis longtemps à l’avance ? Par exemple plusieurs groupes étaient issus des concours Découverte Printemps de Bourges, tu t’appuies dessus ou ça te sert seulement à confirmer tes intuitions ?
L’autre jour, en déménageant, j’ai retrouvé une collection de compilations des Découvertes du Printemps de Bourges et j’ai été assez déçu de constater que peu d’entre eux sont encore là aujourd’hui. Féloche, qui était au Festival de la Fnac en 2007 en tant que Découverte Printemps de Bourges et de nouveau cette année, fait partie des exceptions.
Sachant que je pars du principe débile qu’il n’y a pas de talent méconnu. Si tu es bon, que tu as envie et que tu fais preuve de travail et d’abnégation, tu vas y arriver.
La Fnac étant une enseigne commerciale, on ne peut pas défendre un artiste trop tôt, ça ne lui serait pas forcément utile. A raison de six compilations par an en plus du festival, Indétendances met en avant environ quatre-vingt artistes, dont un autoproduit à chaque fois. Les groupes ont donc un entourage professionnel, je ne crois pas à la magie d’Internet qui ferait que tu aurais immédiatement du talent etc., il faut avoir un minimum d’encadrement, s’entourer d’un label, si petit soit-il et d’un tourneur pour que ça ne soit pas un coup d’épée dans l’eau. Pour un artiste dont il n’y a pas de disque en magasin et pas de concert, on perd la valeur ajoutée de l’opération et il prend la place de quelqu’un d’autre.
La question du timing est très importante. Par exemple, cette année je voulais programmer Pepper Island. Mais leur album qui devait sortir en début d’année ne sortira finalement pas avant septembre. J’ai donc préféré repousser leur programmation à l’année prochaine, ça me parait plus pertinent. Il faut que les artistes aient un peu de notoriété, même infime. Le public est bienveillant mais il ne peut pas supporter quatre heures de découvertes non-stop, il faut qu’il vienne en partie voir quelque chose qu’il apprécie.
Je choisis d’abord une idée de tête d’affiche et cela permet de décliner la coloration de la soirée. Chloé donne une coloration électronique, Nada Surf implique une soirée à grosses guitares. Exceptionnellement je peux offrir une carte blanche à un artiste qui décidera de la tournure de la soirée. Les années précédentes Dominique A et Mickey 3D avaient choisi d’inviter deux artistes devant eux, cette année JP Nataf a décidé de partager son spectacle en invitant des amis.

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La programmation cette année comportait du hip-hop, de la pop-folk, du rock et de l’électro… En revanche pas de rythmes chaloupés (bossa nova, pop latine…), de jazz ou carrément de musique plus classique ? Est-ce parce qu’il n’existe pas d’indés dans ces domaines musicaux ?
Pour donner des tonalités un peu différentes aux soirées, il faut qu’un groupe émerge dans le genre. Je n’ai rien contre une soirée flamenco ou chanson française.
On est en plein air, en plein jour et sur un concert gratuit, je ne suis pas certain que la sauce prenne pour le jazz et le classique. Même s’il y a plusieurs festivals de jazz en plein air, ce sont des rendez-vous particuliers, le public ici n’a pas ce réflexe pour nos concerts. On a une dominante pop-rock car ce sont des genres qui se prêtent aux festivals. La Fnac et moi réfléchissons depuis plusieurs années à un concept d’audition réduite dans l’après-midi pour des styles particuliers mais on n’a encore rien fait de tel. De même pour le format chanson, lorsque ce n’est pas très connu le genre peine trop et manque un peu de dynamisme s’il n’y a pas de grands tubes associés.
Il n’y a pas de volonté de faire des régionalismes. Le festival est différent et je ne veux pas programmer uniquement tout ce qu’on entend partout ailleurs. Ces soirées permettent de marquer le sujet et d’attirer l’attention. Cela me permet aussi de ne pas avoir la même exigence de cohérence musicale. Sur la soirée bretonne on pouvait se permettre de faire le grand écart entre l’electro et un bagad. J’ai une nouvelle idée pour l’année prochaine, mais c’est un peu compliqué donc je ne préfère pas en parler.
L’an dernier tu avais prédit une soirée avec Eiffel et une soirée spéciale « Do » (avec The Do, The dodos et The dodoz). Eiffel était bien programmé mais quid des trois autres ? Des idées pour l’année prochaine ?
Les nouveaux albums d’Aaron et de The Do vont probablement déclencher deux soirées l’année prochaine. En revanche je ne veux pas forcément tomber dans l’évidence, si Aaron est programmé dans tous les festivals je ne vois pas forcément l’intérêt de le reprogrammer.
Merci Olivier et à l’année prochaine!
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